L.BOURO

Laurent Bouro peint comme on boxe.
Il traque sa proie, tourne autour de la toile, affronte le support et martèle la matière pour en extraire ce qu’il y a de meilleur.
Dans l’action tourmentée de ses frasques picturales, la violence se gomme peu à peu et laisse place à une tonalité plus douce, reflet de son obsédante pensée : la mort. Mais la mort comme un moteur, un leitmotiv qu’il apprivoise au fil de l’œuvre et dirige avec désinvolture. Une destination finale à la vie de ces spectres décharnés qui n’ont pour enveloppe qu’un souffle, l’empreinte de chaque être.
Ces« Ecce Omo » sont pour Laurent Bouro la quintessence même de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus philosophique et dans sa quête de représentation, le sujet apparaît comme une évidence : quoi de plus violent qu’un visage ?
D’abord un ovale sans détails, une figure à peine suggérée, l’impression d’une image familière dont on s’empare, l’écho du miroir. Puis, derrière le masque, apparaît la palette de nos états d’âme brisant les portes d’un monde plus subtil, celui de nos états d’homme.
Comme un uppercut, ces visages nous montrent sans pudeur leurs profondes cicatrices, marqués à jamais par le sceau de leurs âmes.
Immergé dans cette galerie de portraits où la peinture, corps vivant, se révèle un peu plus, Laurent Bouro lutte, soulève, extirpe l’enveloppe de ses personnages et dans un ultime K.O., tombe les masques et fait surgir l’antre de nos viscères, l’essence de chaque être.
L’art de Laurent Bouro est un univers singulier où la peinture est un duel à mains nues, un crochet final où pour atteindre le cœur, il esquive, esquisse la mort, sa plus fidèle adversaire.
Et du noir jaillit la lumière.
Agathe Place.